Morgane Urvoy

PICASSO

Je sais, je suis censée parler photo et je parle d'autre chose, en l'occurrence, peinture. Et en plus, je vais parler de Picasso ! ... pas tout à fait ! En réalité, je vais vous parler de PICASSO. Pour dire les chose simplement, je l'A-dôre ! J'ai été voir une exposition dans ma région et, pour nous Bretons, c'est quelque chose d'avoir un tel évènement sur nos terres. De plus, les œuvres qui y sont exposées sont les tableaux, croquis, céramiques que Picasso a gardé auprès de lui, durant toute sa vie.

La raison pour laquelle, je souhaite vous présenter cette exposition, c'est que la peinture était, en quelque sorte, les prémisses de la photographie et que ma formation, à la base, est le dessin, et non la photo.

J'ai donc appris à voir les tableaux, à les ressentir, j'ai appris à voir les formes, les couleurs et à apprécier cet équilibre ; en photo, c'est la même chose. Tout n'est que question de subjectivité, d'émotion personnelle. Si la peinture n'est pas un domaine artistique qui vous parle, je vous conseille, alors, de regarder beaucoup de photographies et  de chercher à comprendre ce qui vous plaît en elles. Cela vous permettra d'éveiller à force, votre regard, votre sensibilité.

Portrait de Picasso réalisé par Man Ray ( 1923)

Ce que j'aime chez Picasso ? Disons que je suis émue, impressionnée et touchée par l'œuvre  entière de l'homme. J'aime son coup de crayon, le regard qu'il porte et sa façon de le retranscrire, ses couleurs, j'aime l'émotion qu'il arrive à intégrer dans ses dessins et ses tableaux.

Cet éveil à l'artiste, je le dois à l'un de mes professeurs d'arts plastiques, M. Thoraval, qui a su  rendre ses cours passionnants en nous présentant des hommes et leur art. Picasso et Le Corbusier sont les deux personnes, cette année-là, à m'avoir impressionnée par leur quête de la perfection.

Bref ... 

L'idée ici est de vous donner envie d'aller voir cette exposition qui a la particularité de rassembler + de 200 œuvres que Pablo Picasso à garder auprès de lui, durant toute sa vie. Si je vous présente ces photos faites des œuvres exposées, c'est aussi, parce que je prépare une petite formation sur une autre façon de photographier lors de vos sorties dans les musées.

Les textes sont ceux du "guide du visiteur" distribué à l'entrée de l'expostion qui se tient actuellement et jusqu'au 1er novembre à Landerneau ( 29) au Fond pour la culture Hélène & Édouard Leclerc.

Jeune Homme avec chapeau sur fond jaune - 1899 - Fusain et aquarelle sur papier 48,5X32 cm

Picasso avant Picasso

José Ruiz Blasco Pigeon, 1895 - Huile sur toile - 45X31 cm et 47,5X35 cm
Portrait de vieille paysanne, 1895 - Huile sur toile marouflée sur carton - 45X31 cm
Portrait de vieillard -1895- Huile sur toile marouflée sur carton - 52X37 cm

 Les premiers essais en peinture de Picasso date de 1888, alors qu'il n'a que sept ans et se sont faits sous l'impulsion de son père José Ruiz Blasco, peintre et professeur de dessin. Les peintures qu'il réalise alors et signe de son nom de naissance sont d'un style académique, influencé par l'enseignement reçu et par les œuvres naturalistes de son père, colombophile, qu'il peignit souvent les nombreux pigeons qu'il élevait.

En octobre 1900 il se rend pour la première fois à Paris pour visiter l'exposition universelle. À son retour à Barcelone, il abandonne au printemps 1901 le patronyme paternel et signe alors ses toiles du nom de sa mère, Picasso, comme dans ce paysage méditerranéen où l'on voit sa palette évoluer vers des couleurs vives et une touche fragmentée que l'on retrouvera dans les œuvres montrées l'été suivant, lors de sa première exposition parisienne à la galerie Ambroise Vollard.

Paysage méditerranéen ( village) 1898 - Huile sur toile marouflée sur carton -  26,5X38,5 cm
Maison en Espagne, 1898 - Huile sur toile - 48X48

Cubisme 

Autoportrait - 1906 - Huile sur toile

 

 

Picasso décide de s'installer à Paris en 1904 et prend un atelier au Bateau-Lavoir à Montmartre. Il rencontre alors les poètes André Salmon,  Guillaume Apollinaire ainsi que Fernande Olivier qui deviendra son modèle et sa compagne. Les années suivantes, les découvertes de van Gogh, Ingres, Gauguin, Cézanne et des arts ibérique et africain auront des conséquences sur l'évolution de sa création, avec une schématisation des formes revrées sous des aspects différents et simultanés. Son voyage en Italie en 1917 le fera renouer avec un néo-classicisme.

Autoportrait - 1917 - Crayon sur papier - 34X23,5 cm
Groupe de sept danseuses - 1919 - Encre de chine et aquarelle sur papier - 26,5X39,5 cm
Homme au fauteuil - 1916-1917 - Huile sur toile - 80 X65 cm
Femme nu de profil - 1908 - Huile sur toile - 67X26 cm
Tête de femme, 1909 - Fusain sur papier - 63,3x48,8 cm

Métamorphoses

 

 À partir de 1925, Picasso connaït des difficultés dans sa vie conjugale avec Olga Khokhlova, sa femme depuis 1918. En 1927,  il rencontre Marie-Thérèse Walter, âgée de 17 ans. Cela précipite, pour l'artiste, la transformation de la représentation du corps féminin. Aux visages alors angulaires d'Olga, aux nez coupants, dans les bouches desquels surgissent des dents prêtes à mordre, succèdent ainsi des images plus calmes de jeunes femmes athlétiques aux formes épanouies, étendues au soleil, ou jouant, sur la plage, métaphores du désir et de l'énergie que Marie-Thérèse inspire au jeune quinquagénaire.

Buveur caressant sa chimère, 28 mai 1938
Le baiser, fond rouge, 1929 - huile sur toile - 61X46 cm
Le baiser, 1929 - Huile sur toile - 73X54 cm
Visage, 1929 - crayon, fusain et huile sur toile - 65X54 cm
Buste, 1931 - Huile sur bois - 65X51 cm

Les années de ténèbres

Portrait de femme, 1939 - Huile sur papier - 49X29 cm

 

Une angoisse croissante, une tension permanente à l'approche du nouveau conflit mondial se font sentir dans sa peinture à travers de nouvelles découvertes et métaphores formelles, inspirées par le corps et le visage humain, le plus souvent celui de Dora Maar, peintre et photographe rencontrée en 1935. Natures mortes, vues d'atelier, paysages et Paris révèlent l'enfermement de l'artiste lorsque la guerre éclate dans la capitale, à travers une palette aux tons de plus en plus violents et durs.

Buste de femme sur fond rose, 1939 - Huile sur toile - 61X38 cm
Femme au fauteuil sur fond rose, 1939 - Huile sur toile - 92 X 73 cm
Femme au chapeau vert et à la broche, 1941 - Huile sur toile - 61X38 cm et Visage à deux profils, 1941 - Huile sur toile - 61X38 cm
Eau-forte pour contrée de Robert Desnos Éd. Godet, Paris, 1943

L'après-guerre

Femme à la robe rouge, 1946 - Huile sur bois - 99,8X80,3 cm

La libération apporte à Picasso un nouveau souffle de créativité. La liberté retouvée lui permet de reprendre sa fréquentation assidue de la Côté d'Azue qu'il avait découverte en 1920, et où il se rendra presque chaque année jusqu'en 1939, et cette fois en compagnie d'une nouvelle muse, Françoise Gilot, jeune peintre de vingt-deux ans rencontrée durant l'hiver 1943. Pendant dix ans, cette relation, qui lui donnera deux enfants, apportera à l'artiste une nouvelle vie familliale, qui contribuera au renouveau créatif de l'artiste.

Par ailleurs, la découverte en 1946 de l'atelier Madura à Vallauris, ville de Potiers, lui donnera envie de renouer avec ses précédents essais de céramique, avec un succès tel qu'il décidera d'y acheter une maison en 1948, pour y vivre avec Françoise et leur fils Claude, né en 1947 et bientôt Paloma, née en 1949. 

L'environnement méditerranéen éveille alors dans son œuvre des résonances mythologiques, avec l'apparition de tout un peuple de nymphes, de centaures, de faunes et de satyres ou le nu féminin retrouve tous ses droits. À soixante-cinq ans, c'est l'âge pour Picasso de la joie de vivre.

Nature morte à la lampe, 1947 - Huile sur toile - 73 X92 cm
La belle endormie, 1947 - Encre de chine sur papier - 50,5 X 66 cm
Vache sur fond noir, 1948 - Huile sur fond noir - 64,5 x 53,8 cm

Une nouvelle lumière

Canard pique-fleurs, 1950-1951 - Pichet zoomorphophe en terre cuite blanche tournée, éléments tournés et assemblés, décor aux engobes brun, rouge, noir, vert et bleu - 39 x 18 x 42 cm  et  Vase visage et corps, 1953 - Terre cuite blanche modelée et peinte aux engobes - 38 x 22,5 cm

 

La pratique fréquente de la céramique à Madoura a une consèquence inattendue mais déterminante dans la vie de Picasso : il y rencontre en effet en 1952 Jacqueline Roque, jeune femme qui vient d'arriver dans la région avec sa petite fille et qui deviendra, un an  après la rupture avec Françoise Gilot, sa compagne puis son épouse en 1961. L'artiste décide alors de quitter Paris et de se fixer définitivement, comme Matisse son rival et ami avant lui, dans la région où il a pris ses habitudes depuis une dizaine d'années et où la chaleur convient à son mode de vie, et la lumière à son œuvre comme dans les premiers portraits de Jacqueline étincellant de lumières vives. Jacqueline va peu à peu devenir le modèle favori de l'artiste qui multiplie les tableaux et les dessins la représentant.

Colombe, 1953 - Terre cuite blanche modelée et peinte aux engobes - 10,5 x 23 x 6,5 cm
Jacqueline de face, 1957 - Fusain et collage sur papier - 65,5 x 50,5 cm
Belle assise, 1954 - Fusain sur toile - 92,5 x 73 cm
Jacqueline assise de profil, 1954 - Huile sur toile - 100x81 cm
Portrait de Jacqueline, 1955 - Feutre, encre de chine, lavis et gouache blanche sur papier - 66x50,5 cm
Femme endormie, 1957 - Crayon de couleur sur papier -  51X66 cm
Jacqueline en costume turc, 1955 - Huile sur toile - 100 x 81 cm
Portrait de Jacqueline, 1955 - Encre de chine et fusain sur papier - 66x51 cm

Les ateliers

Avec l'acquisition en 1955 d'une villa sur les hauteurs de Cannes, La Californie, Picasso dispose du plus grand espace de vie de création dont il ait jamais bénéficié. Peu à peu la totalités des vastes pièces va se transformer en ateliers pour la gravure ou la peinture, les tableaux, les dessins, les céramiques, s'accumulant au milieu des objets collectionnés. La maison elle-même devient un motif privilégié pour l'artiste qui représente à de nombreuses reprises et sur des formats très différents ce qu'il appelle des "paysages intérieurs", des vues de la grande sale de séjour, avec souvent le rocking-chair et son hôtesse en majesté, vers le jardin et ses palmiers à travers les hautes portes-fenêtres de style mauresque.

Plus tard, c'est  au grand mas de Notre-Dme de Vie à Mougins, où le couple s'installe en 1961, que naît une autre série très prolifique lièe au thème de l'atelier, celle de peintre et son modèle.

Autoportrait, 1965 - Huile sur toile - 100 x 81 cm
Portrait de Jacqueline, 1965 - Huile sur toile - 100 x 81 cm
Portrait, 1965 - Huile sur toile - 80 X 65 cm
Peintre et son modèle, 1964 - Huile sur toile - 65 X81 cm  et Peintre et son modèle, 1964 - Huile sur toile - 65 X81 cm
Le peintre et son modèle, 1965 - Huile sur toile - 92 X73 cm

Femmes assises

 

À Mougins, Picasso va entamer une production de peinture d'une richesse exceptionnelle au sein de laquelle Jacqueline devient le modèle de toutes les femmes. Celle dont l'artiste disait qu'elle avait "le don de devenir peinture à un degré inimaginable" devient alors un de ses sujets favoris. 

Ainsi durant la seule année 1963, il fera d'elle plus de 160 portraits. Le plus souvent, il la représente assise, car il avait depuis toujours une prédilection particulière pour cette pose qui rendait possible picturalement et symboliquement des inventions sans fin. Parfois la présence d'un accessoire, un chapeau, ou un animal familier, vient apporter une note de tendresse à ces tableaux où le modèle a souvent le port altier d'une dame de la cour d'Espagne.

Femme accoudée robe verte, 1962 - Huile sur toile - 92 x 73 cm
Femme au chien, 1962 - Huile sur toile - 146 x 114cm
Femme assise dans un fauteuil, 1962 - Huile sur toile - 100 x 81 cm
Portrait de Jacqueline, 1964 - Huile sur toile - 194 X 128, 5
Femme nue dans un fauteuil, 1964 - Huile sur toile -

Les dernières années

 

Parvenu à quatre-vingt dix ans, Picasso réaffirme que la peinture est d'abord une affaire de désir et c'est une leçon d'enthousiasme  et d'invention qu'il nous livre. Il peint, avec une frénésie de jeune homme et dans une urgence extrême, de grands tableaux qui semblent prendre forme sous nos yeux, en appliquant dans des débauches de couleur de larges touches de peinture.

L'exubérance qui, dans toutes ses dernières toiles, s'exprime par des teintes vives et, le plus souvent, par de grands formats, témoigne de l'extraordinaire pouvoir créateur de l'artiste dans sa vieillesse, et de ses talents, souvent mésestimés, de grand coloriste, que les expositions au Palais des Papes en 1970 et 1973 rappelleront au Public.

Il revisite alors sa galerie de personnages familliers : les toreros, les mousquetaires et les peintres inspirés par Rembrandt, en ouvrant de nouvelles voies à la peinture.

Et vous, que pensez-vous de Picasso ? Laissez-moi votre commentaire.

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